Et le coeur ne s’est pas arrêté
La pièce de François Cervantès convoque deux clowns, qui ne se résolvent pas à la folie qui mutile les corps, les rêves et les esprits. Pour que la vie revienne dans les montagnes libanaises où ils vivent, ces artistes portent leur poésie plus haut que la douleur qu’ils subissent. En attendant une tournée pour 2027, deux représentations en France en ce mois de juin.
Le théâtre et la poésie comme acte de résistance
La nouvelle pièce de François Cervantes convoque deux clowns poètes, opposants à la folie qui mutile les corps les rêves et les esprits. Les livres brûlés n’effaceront jamais l’avenir, disent-ils.
Au centre du plateau, une maison, modeste, un brin déglinguée, comme fatiguée par trop de soleil. Devant elle, quelques pierres, comme pour marquer un coin de désert. Et puis la maison tousse. Quelques morceaux de sa toiture s’effondrent. Comme par habitude. Peut-être est-ce la guerre, un conflit sans perspectives, sans issue… Cette maison pourrait aussi être très grande, « on peut marcher des années dans ses couloirs »
Cette nouvelle pièce écrite et mise en scène par François Cervantes fait suite à une rencontre avec le collectif Kahraba basé au Liban.
Mais souligne Cervantes, « Nous ne nous réunissons pas pour créer un spectacle, nous créons un spectacle pour nous réunir. C’est l’œuvre qui fabrique le collectif ». L’engagement dépasse la seule création artistique. Et renforce l’idée que l’on se fait au départ, devant cette petite maison, si grande.
Ils sont trois en fait, dont une jeune femme, qui pourrait être la technicienne de l’équipe. C’est Tamara Badreddine, toute de noir vêtue, à qui l’on doit d’ailleurs la création lumière et la régie son.

Ce ne sont pas des abeilles qui bourdonnent
Les deux autres personnages, qui flirtent avec le surnaturel, sont tout autant essentiels ; Sami et Younès, interprétés par Eric Deniaud et Aurélien Zouki. Dans leurs costumes couleur de terre et taillés à la serpe, ils sont des clowns intemporels, qui traversent leur propre histoire. Celle d’individus qui loin du cocasse qu’ils déploient à merveille, témoignent de l’urgence de sauvegarder leur territoire massacré par la folie d’autres hommes.
La direction d’acteurs de Catherine Germain contribue largement à cette humanité fraternelle. Quand Sami et Younès lèvent la tête, tendent le cou, c’est pour entendre la rumeur de l’air. Nourri de bourdonnements qui ne sont pas ceux d’abeille affairées autour de fleurs inexistantes dans la poussière ocre. Ce sont des drones, peut-être, qui lâchent leur cargaison de mort. Mais l’intelligence n’abandonne pas la partie. Pour caractériser son spectacle François Cervantes évoque « un homme qui continue à lire pendant un bombardement ».
La petite grande maison se transforme en ruine, l’effet visuel est remarquable. En un peu plus d’une heure, on a compris que nous sommes au Liban, ou quelque part ailleurs dans le Moyen Orient. Et le cœur ne s’est pas arrêté est à sa manière un acte de résistance. Des cœurs vibrent toujours. Pour que le droit à la vie revienne dans « les montagnes libanaises » comme ailleurs. Au-dessus et au-dedans des petites maisons usées par le soleil. Les deux clowns portent leur poésie plus haut que la douleur qu’ils subissent.
D’après un article de Gérard Rossi pour l’Humanité
https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/clowns/et-le-coeur-ne-sest-pas-arrete-de-francois-cervantes-lespoir-de-paix-non-plus
Claire FABRE
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